Cette photographie en couleurs montre la base d’un monument sur laquelle est sculpté en relief le nom de Champlain. Un canot fabriqué avec des boites de céréales repose sur une partie saillante du monument. Assis dans le canot, un homme porte une coiffe faite des mêmes matériaux.

Jeff Thomas

(Buffalo, New York, 1956)

 

“Artist Greg Hill in His Cereal Box Canoe” (from the series Seize the Space)
[« L’artiste Greg Hill dans son canot en boites de céréales » (tirée de la série Saisir l’espace)]
2000-2013

Impression de pigments sur papier d’archive

76,2 x 101,6 cm

© Jeff Thomas, avec l’aimable autorisation de l’artiste


En 2000, Jeff Thomas photographie l’artiste Greg Hill dans son canot fait de boites de céréales devant le monument à Samuel de Champlain (1915) de la pointe Nepean, à Ottawa. Greg Hill (né en 1967) a choisi, comme point de départ de la performance Portaging Rideau, Paddling the Ottawa to Kanata [Portage à Rideau, pagayer d’Ottawa à Kanata], l’endroit précis qu’occupait, quelques années auparavant, la sculpture d’un autochtone, partiellement nu et agenouillé au pied de la statue de l’explorateur. Il entreprend ensuite le portage de son canot à travers Ottawa vers le lieu où a été relocalisée cette représentation stéréotypée de l’« Indien ». Jeff Thomas capte le moment initial de la performance en cadrant Hill assis dans son canot en carton, mais exclut de la composition la statue de Champlain. Il remet ainsi en question la vision passéiste de l’indianité pour resituer l’identité autochtone dans le monde actuel.


Bien que la photographie de Jeff Thomas (d’origine onondaga) et la performance de Greg Hill (d’origine mohawk) datent de 2000, leur mention en 1915 n’est pas fortuite. Cette date rappelle l’inauguration du controversé monument à Samuel de Champlain. Se définissant comme un « Iroquois urbain », le photographe Jeff Thomas développe le thème récurrent de la nouvelle réalité autochtone en milieu urbain. Sa pratique conjugue satire, pédagogie et anthropologie. En associant des attributs traditionnels revisités (coiffe et canot faits de matériaux commerciaux modernes) à ce monument à la mémoire de l’explorateur, Jeff Thomas et Greg Hill instillent une forme de parodie dans l’espace public pour renverser les stéréotypes hérités de l’histoire coloniale canadienne et en démontrer l’incongruité.

JEFF THOMAS
jeff-thomas.ca »

Ce monument à Samuel de Champlain a connu une histoire tumultueuse. L’œuvre est inaugurée en 1915 à Ottawa pour célébrer le 300e anniversaire du second voyage de l’explorateur sur la rivière des Outaouais. Trois ans plus tard, la sculpture d’un autochtone anonyme partiellement nu et agenouillé est ajoutée à la base du monument. En juin 1996, Ovide Mercredi (né en 1946), Grand Chef de l’Assemblée des Premières Nations, dénonce cette représentation stéréotypée et recouvre la statue d’une couverture en guise de protestation. Le 1er octobre 1999, la Commission de la capitale nationale déplace la sculpture controversée. Celle-ci se trouve aujourd’hui dans le parc Major’s Hill, non loin de son lieu original.

Hamilton MacCarthy

(Londres 1846 – Ottawa 1939)

 

Monument à Samuel de Champlain, 1915

Bronze et granite

920 x 550 cm

Pointe Nepean, Ottawa
Canada – Département de l’Intérieur, Bibliothèque et Archives du Canada, numéro d’acquisition PA-034433, item 1936-271 NPC
Photo : W. J. Bolton